S’il y a une expérience marquante pour tout étranger, et surtout un étranger « du sud », et encore plus un étranger qui est une étrangère, c’est la découverte du sauna allemand.
Tous les anglais (pas trop méridionaux, mais pudiques), français, marocains ou espagnols que j’ai pu rencontrer en Allemagne partagent ce même souvenir amusé du choc qu’ils ont eu quand, invité par un ami à un après-midi ou à une soirée de détente dans un sauna (on y passe de nombreuses heures), ils se sont aperçus que la nudité complète était de rigueur, à l’intérieur des cabines en bois (cabines mixtes, bien sûr), mais aussi dans les couloirs, les salles de repos….
Ça surprend un peu mais on s’y fait.
J’ai entraîné sur internet Simone Bull, une consultante en marketing avec laquelle je travaille, elle apportant sa connaissance de la culture allemande, et moi celle du web.
Ses hésitations et ses craintes au moment de charger son carnet d’adresse pour retrouver ses amis étaient comparables aux miennes quand j’ai dû enlever mon maillot de bain au sauna.
Et le nombre de contacts allemands que nous avons sur Facebook, alors que nous sommes toutes les deux d’anciens cadres d’une très grosse entreprise de communication, est étonnamment faible.
Cette crainte très importante, ce respect de la vie privée, cette peur de laisser des données en ligne est un des points importants du web allemand (alors que des réseaux nettement plus privés, comme Xing, y fonctionnent très bien, plus qu’en France).
Un web qui se cache
La protection de la vie privée est un souci majeur en Allemagne. Héritage d’une histoire pas très facile, tant dans l’Allemagne nazie que dans l’ex Allemagne de l’Est, où les dossiers de la Stasi n’ont sans doute pas encore livré tous leurs secrets, la notion de vie privée est essentielle pour tous, et un étendard brandi par les gouvernements qui menacent Facebook ou Google.
Mais cet aspect se rajoute comme une surcouche à une éthique qu’on pourrait résumer, en caricaturant, de « protestante, austère et communautaire », et qui voudrait que l’individu s’efface au sein du groupe, qu’il soit valorisé par la valorisation du groupe. Ce qui n’est pas favorable à la génération de « stars du web ».
Enfin, beaucoup de choses qui viennent « d’Amérique » sont adoptées tardivement en Allemagne, que ce soient les fast-foods ou les réseaux sociaux.
Tout cela conduit donc à un web assez neutre, avec des sites techniques, mais finalement assez peu de grandes figures, et pas de recherche de visibilité pour monsieur et madame Schmidt.
La législation sur la vie privée impose des contraintes, notamment de ne pas stocker les IP. Tous les plugins WordPress ne répondent pas aux exigences de la loi allemande, il faudra par exemple remplacer Akismet par SpamBee, et faire bien attention au double opt in sur tous les systèmes d’abonnement à des newsletters, ou même à des commentaires sur un article. (Une version spécifique de Subscribe 2 comments est d’ailleurs dans la liste des plugins à disposition sur WordPress.
Une importance prépondérante donnée au design… ou pas.
Un site web doit être beau, épuré, zen, design.
Fonctionnel bien sûr, mais avant tout beau, « solide », à l’image d’un design nordique et épuré qu’on retrouve partout en Allemagne, et particulièrement en architecture.
Ce que je (nous) perçois comme de la froideur est accompagné par de belles images, qui transforment ces sites un peu vides.
Le design des sites webs allemands est un peu comparable à la photographie d’art, et particulièrement à la photographie d’architecture (on ne se refait pas et on trouve ses comparaisons dans ses domaines de prédilection).
Cependant cette règle ne vaut que pour les sites « nouveaux ». A l’inverse, on peut trouver assez facilement des dinosaures, des sites qui ont été faits il y a quelques années, avec des « choses » comme FrontPage editor, et qui squattent malgré tout les résultats. Récemment, lors d’une analyse de concurrence, j’ai trouvé un site qui avait dans les 27.000 pages indexées, plus de 70.000 backlinks, construit tout en tables, et dont la structure de code datait manifestement de sa création, au début des années 2000. Et moins gros, mais néanmoins très bien positionné sur quelques mots clés, un site fait sur FrontPage (comme quoi, le code n’a rien à voir avec le positionnement).
Un référencement peu évolué
Là c’est criant, et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer cette activité centrée sur le SEM en Allemagne. Pourquoi ? J’avoue ne pas connaître les raisons, mais il semble que la compétition pour en en première ligne de Google soit plutôt tranquille, pépère, même, étant donné les horreurs que je vois sur de très nombreux sites
Quand vous avez fait une dizaine d'analyse de concurrence internet, dans des secteurs différents, et concurrentiels, en tout cas par la thématique, il n’y a pas de doute à avoir. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de se rappeler la version française du site marchand de C&A. Certes, mêmes les grosses boites font des bêtises… à ce point là c’est quand même énorme.
Les fondamentaux ne sont pas en place : que ce soit sur la structuration sémantique, sur la qualité des balises metas title et description, sur la présence et la pertinence du linking interne, ou même sur les mesures les plus simples pour éviter le duplicate content, il est rare de trouver un site qui respecte au moins ce que j’appelle le minimum syndical.
Et pourtant « ça marche », ce qui est un peu logique, « au royaume des aveugles les borgnes sont roi » (sauf quand un pilote de chasse aux yeux perçants s’invite d’un seul coup dans le royaume).
La part très importante du « local »
Les annuaires (pas au sens où on l’entend en SEO pour se bâtir du lien, mais au sens premier) sont très nombreux, et squattent souvent les premières pages, même lorsque l’on cherche une activité sur son nom exact. (Notamment brachenbuch, cylex,…) Google adresses est devenu prépondérant sur les résultats de recherche, permettant ainsi à de nombreuses PME de retrouver de la visibilité. Les sites de petites annonces « anzeigen » (das örtliche, meinestadt ) sont aussi très utilisés.
Sur twitter, de nombreux robots republient avec une grande régularité tout ce qui a trait à une ville donnée, via le hashtag. Cela concerne toutes les villes allemandes (alors que je n’ai trouvé que très peu de robots équivalents en français, et seulement les grandes villes.


















re-Salut ^^
Intéressant comme point de vue et comme remarques. J’ajouterai pour ma part quelques dérives que l’on trouve moins en France : la possibilité d’une certaine censure. Si un organisme se plaint d’un site web, il n’y aura pas systématiquement une enquête, ou le réflexe respect démocratique et respect des différences d’opinions, mais censure. Certains serveurs et hébergeurs suppriment simplement les sites, et j’ai vu certains Faï interdirent le web à des indésirables (je ne parle pas de criminels, mais de citoyens lambdas bloggeurs).
Alors oui pour le beau design épuré, qui me séduit personnellement assez, oui pour le respect des données privatives, mais hélas peu de respect de l’accès libre au Web.