Peut-​on créer une entreprise "sans risque" ?

Vous allez dire que je "leur" en veux, mais je viens de découvrir un nouveau blog d'entrepreneur sur le web, qui va plus loin que les autres dans "le rêve".

Je ne sais pas si vous avez jamais joué au Bullshit Bingo (avec l'explication en français) ? Moi, oui, à une époque où ces grandes réunions étaient mon lot quotidien. C'est d'ailleurs une des nombreuses raisons pour lesquelles je me suis mise à mon compte. Malheureusement, le monde des blogueurs pro me donne bien envie de recommencer la pratique.

En particulier quand je vois ça :

Screenshot d'un blog

Peut-​on réellement avoir une entreprise qui rapporte, sans prise de risque ?

Alors voila,  une une phrase :

Le risque est intrinsèquement lié à entrepreneuriat. On ne peut pas mener une entreprise sans prise de risque

Et une deuxième :

la rémunération de l'entrepreneur est directement liée à la prise de risque.

La tarte à la crème de l'esprit d'entrepreneur a commencé à la fin de mes études. Je voyais plein de mes camarades qui ne se projetaient pas dans un métier, mais dans un statut "je serai entrepreneur" ... oui mais en quoi ? Euh...

Prétendre qu'on peut créer son entreprise sans aucun risque relève de la publicité mensongère

"L'infopreneur" (quel horrible néologisme) n'est pas seulement un blogueur, c'est le responsable de sa toute petite entreprise, et à ce titre, il doit aussi être un peu juriste, un peu commercial, un peu plein de choses... ce que j'ai écrit au sujet des référenceurs est valable pour n'importe quel type d'activité, que l'on soit autoentrepreneur ou en SARL. Le salarié a une tache, un champ de compétence, l'entrepreneur doit avoir un ensemble de compétences, même si elles ne sont pas toutes développées au même point.

Tout le monde ne peut pas être entrepreneur.

  • Il y a des limitations "intellectuelles" : pour vivre de son blog, il faut avoir un cerveau apte à comprendre les techniques de l'internet, ne pas devoir appeler au secours dès que l'ordinateur ou la mise à jour de WordPress se plante ; une aisance à rédiger, une orthographe correcte, un zeste de style sont utiles.
  • Il y a des limitations financières, quelle que soit la méthode, monétisation publicitaire ou lancement orchestré, on ne vit pas de son blog du jour au lendemain, quand on arrive à en vivre. La durée d'acquisition d'une liste pour un lancement orchestré est de l'ordre de huit à quinze mois, la montée en charge pour la monétisation sur du rédactionnel pur est de deux à trois ans dans les secteurs un peu concurrentiels et donc rentables. Il faut pouvoir tenir tout ce temps.
  • Il y a des limitations liées au caractère : l'entrepreneur est, par définition, entreprenant, c'est-à-dire qu'il est dynamique, qu'il rebondit sur ses échecs, qu'il innove, qu'il a de l'endurance... Dans le cas de l'autoentrepreneur, il faut être capable de travailler seul sans se démotiver, de gérer son temps, de supporter une certaine solitude, de se force à un travail régulier...
  • Enfin, il y a des limitations liées à la situation : aussi tentant que cela soit de faire un blog de maman, si votre famille dépasse les cinq ou six bambins en bas âge tandis que le papa est en déplacement toute la semaine, sans aide, vous n'y arriverez pas.

Savoir qu'il y a des risques, c'est se préparer à les éviter

Un bon entrepreneur, justement, n'ignore pas les risques les yeux fermés en se disant "Waow, je suis infopreneur, je ne risque rien j'y vais".

Ça c'est Don Quichotte.

Le propre d'un entrepreneur, c'est de prendre des risques mesurés pour lesquels il considère que le rapport risque /​ bénéfice est positif, et acceptable.

Autrement dit, il ne risque pas la vie de son entreprise sur une opération.

Même pour une structure aussi simple qu'un blog il y a des risques :

  • juridiques (copyright, diffamation, etc)
  • financiers (acheter des formations pour rien, un nom de domaine, un thème, un hébergement, passer un temps fou sur une activité non-​rémunératrice au lieu d'une recherche d'emploi, une formation qualifiante...)
  • fiscaux (les temps bénis de l'auto-entreprise ne durent pas si longtemps que cela)
  • ... entre autres

Quand on dépasse le cadre du simple blog monétisé, on commence à se frotter aux clients, prospects, dont certains vont être mécontents :

  • risques financiers à nouveau
  • réputation (je me souviens d'un web entrepreneur qui a disparu quand on a retrouvé certaines activités personnelles) et certains risquent le ridicule, qui ne tue pas mais presque !

Finalement, tout ça, c'est une question d'honnêteté, et de sens de la responsabilité.

Je sais, je radote.

Mais l'entreprise, c'est "no risk, no gain"

(Et la photo est une image sous licence CC BY William Warby)

 

21 commentaires

  1. Salut,

    tout à fait d'accord. Je n'ai pas créé d'entreprise mais je pense sincèrement que dans tout projet (entreprise ou autre) il y a forcément un risque.
    L'enjeux est de minimiser ce risque et pour cela bien se préparer avant de sauter :-)

    A+

    Répondre à mathieu
  2. Bonjour,

    J'ai monté une petite entreprise de service informatique, il y a 20 ans, à l'époque ou le mot ordinateur était presque un gros mot :), j'ai galéré un certain temps, puis le gros coup, une commande de 30 imprimantes laser, à l'époque cela faisait dans les 900.000 Francs, mais je n'ai jamais était payé. Résultat, fin de la petite entreprise.

    J'ai pris le risque malgré que je n'avais pas les reins financiers, cela aurait pût, cela aurait dût marcher, mais hélas !
    Je ne regrette rien, et qui sait peut être qu'un jour...

    Pour résumer, lorsque l'on est patron ou auto-​entrepreneur, on prend des risques dès qu'on met le pied hors du lit le matin, alors ceux qui disent qu'il n'y a pas de risques, qu'ils s'y essaie pendant deux ans, et on en reparlera

    Bonne journée

    Répondre à Hubert
  3. Bonjour Marie-​Aude,

    Ah làlà, c'est difficile de faire du marketing sans vendre du rêve (de ce que je remarque chez les webmarketeux). Tu as bien sûr raison : faire une entreprise, c'est prendre des risques. Et j'ai envie de dire que celui qui ne s'en rend pas compte n'est pas prêt à être entrepreneur (et c'est peut-​être ça qu'il apprendra).

    Ceci dit, je ne pense pas que Benjamin soit un menteur-​manipulateur. Il propose une offre de coaching, ce qui réduit certains risques (mais pas tous, et tu fais bien de souligner aussi les risques familiaux auxquels on pense rarement), d'où son slogan...certes un peu racoleur. Personnellement, je ne m'émeut plus de ce type de slogan exagéré, on en voit tous les jours dans la publicité classique. Sans aller dans l'excès (mais comment définir la limite, c'est là tout le problème ?), c'est au consommateur d'affiner son esprit critique.

    Dans la formation, on sait que l'on s'adresse à des personnes ignorantes, donc il faut encore plus insister sur les difficultés pour ne pas abuser le futur-​client. Ca s'appelle l'éthique.

    Je crois qu'on peut parler longtemps de ce sujet sans trouver de réponse idéale. Je serais curieuse de connaitre une formation marketing qui ne vend pas du tout du rêve. Tu en connais une ?

    Répondre à Marie-Eve
    • Pour être honnête Marie-​Eve, les trois vidéos que j'ai vues de sa part m'ont plutôt donné l'impression d'un charlot qu'autre chose...
      Pour les formations marketing qui ne vendent pas du tout du rêve... disons que j'en connais, oui, mais dans un autre contexte.
      Tout est une question de "ne pas aller trop loin". Là dans le contexte global de ce qu'il propose, je trouve qu'il va trop loin.

      Répondre à Marie-Aude
      • Du coup j'ai regardé ses vidéos (enfin les 2 premières).

        Globalement, son discours ne change pas beaucoup de ce qu'on peut entendre sur d'autres sites de marketing. A mon niveau pas du tout expert en marketing, j'ai trouvé que certains conseils étaient même pertinents.

        Par contre, quand il s'est mis à désigner Jean Rivière comme "quelqu'un qui a tout compris", là j'ai tiqué. J'ai vraiment du mal avec celui-​là, tant la forme que le fond. Il vend pour vendre et n'aide personne avec ses formations. Son SAV est nul (zéro), il n'y a aucune discussion avec lui ; par contre, qu'est-ce qu'il vend bien. Sûr qu'il doit bien gagner sa vie, mais pendant combien de temps ?

        Bref, je vais peut-​être revoir mon jugement sur lui.

        Mais je suis bien embêtée : je voudrais vraiment trouver une formation webmarketing à recommander à mes clients. Mais un truc de qualité. Ca paraît impossible à trouver. Je crois que je vais leur offrir un livre :)

        Répondre à Marie-Eve
        • D'après ce que je lis, Jean Rivière commence à avoir des détracteurs, son système doit s'essouffler. Le problème, c'est que le webmarketing est un sujet beaucoup plus vaste que WordPress... Je crois qu'un livre sur le marketing en général, plus quelques bonnes lectures, ça serait mieux :D

          Répondre à Marie-Aude
          • Allez, j'en mets une dernière couche histoire d'être cohérente dans ma communication. Qu'on vienne pas me reprocher de dire blanc d'un côté et noir de l'autre.

            J'ai eu l'occasion de discuter avec Benjamin, et derrière ses slogans un peu bourrins, il y a quelqu'un qui a une vraie notion du travail nécessaire à fournir.

            Il a su s'entourer de personnes reconnues (Frédéric Canevet, Rodrigue Fénard...) dans leur domaine, ce qui fait que sa formation ne dépend pas que de ses compétences, ce qui est gage de sérieux à mes yeux.

            Pour le prix qu'il propose, je trouve qu'on est dans une offre honnête, qui ne fait pas prendre un risque financier énorme au client qui s'engage dans la recherche d'un complément de revenu.

            Bref, je ne suis pas là pour lui faire sa promo mais juste pour expliquer pourquoi j'ai finalement décidé de lui faire confiance, malgré mon avis initial et malgré les slogans racoleurs. Tout le monde ne sera pas d'accord, et j'espère que ce commentaire ne va pas déclencher une salve de haine en tout genre...

  4. Lorsque l'on créer une société c'est évident que l'on prend un risque. Quand-​est ce que je serai en mesure de me payer ? Ai-​je suffisamment d'argent de coté etc. Mais après, c'est quand même génial. Tu te réveilles et tous ce que tu réussis au cours d'une journée, tu sais que tu l'as réussi pour toi et rien que pour toi.
    C'est autre chose que de ce défoncer pour une grosse société dans laquelle tu es un pion comme les autres.

    Répondre à Jurilegal.eu
  5. Bien entendu, une entreprise sans risque n'existe pas. L'objectif est d'ailleurs de les minimiser en étudiant le ratio performance /​ risque. Les risques sont multiples comme tu l'indiques : juridique, financier... Mais aussi moral et familial.

    Répondre à Alexandre Santoni
  6. A l'heure du web c'est quand même nettement moins risqué qu'il y a 20 ans. Aujourd'hui on peut partir avec 1 000€ ce qui limite le risque ;)

    Répondre à Simon
    • Bonsoir Simon,

      tu soulèves un point très intéressant, parce que je me suis souvent dit cela, pendant longtemps. Clairement, quand j'ai démarré sur le web, le risque financier était moindre qu'en commençant "irl", en fait je n'aurais sans doute même pas du démarrer mes activités et celles de mon mari (agence de voyage) sans le net.

      Néanmoins, il y a l'autre vision de la chose : parce que c'est si facile, cela attire des tas de gens qui n'ont pas les compétences nécessaires, et dont un grand nombre vont se planter gravement. Au delà du capital de leur entreprise, il y a la perte de revenus, les éventuelles dettes fiscales, la perte de confiance en soi, l'impact familial, il y a des gens qui empruntent ... 1.000 € c'est le capital, mais ce n'est pas le fond de roulement nécessaire pour les mois que demande toujours le démarrage d'une activité. On ne peut pas limiter la perte au capital.

      Répondre à Marie-Aude
      • Entièrement d'accord il faut au moins 5–10k€ derrière pour vivre ou alors toucher le chômage à coté (un des seul truc bien en France pour les entrepreneurs). D'accord pour le risque qui n'est pas que financier, mais pour un mec qui en a l'envie et les neurones connectés alors le jeu en vos la chandelle, ne serait que pour la liberté et le bonheur d'entreprendre VS vendre son temps à vie à qqn.

        Répondre à Simon
  7. Devnosite75 Auteur septembre 9, 2014 (5:30 )

    Excellent article. Ces slogans tous préparés pour appâter le chaland relèvent soit de l'inculture, soit de l'arnaque pure et simple. Je penche pour les deux. D'Adam Smith à Schumpeter en passant par Ricardo, tous les grands économistes ont toujours évoqué la notion de risque pour caractériser l'entreprise. Aujourd'hui, on parle de "risque par défaut", parce qu'en réalité, tout activité humaine est risquée à priori.

    D'ailleurs, la réussite d'une entreprise, qu'elle soit sur internet ou dans la vie réelle tient à deux choses : la minimisation du risque et la gestion du risque. Sur internet, plus qu'ailleurs, ce que l'on dit est exposé. Ce simple risque (le fait de s'exprimer) mène à de nombreuses réflexions en amont concernant la ligne éditoriale, la ligne de modération, le concept, la légalité des propos face aux délits de presse, etc. Et il y a bien d'autres risques concernant notre activité. Notamment, l'un des plus difficiles à gérer : la perte de temps (donc d'argent).

    Je note enfin que ces "blogueur pros" auto-​proclamés sont en risque constant. Légalement, ils sont sur le fil du rasoir. De plus ils mettent leur propre personne en risque pour l'avenir. Comment certains géreront, dans les 15 ans à venir, leur réputation d'arnaqueur sur le web ? Sur internet le risque est prolongé dans le temps du fait de la conservation des données effectuée par les moteurs de recherche. Pas de droit à l'oubli ici. Les impacts peuvent se faire ressentir très tardivement dans la vie sociale ou la potentielle vie professionnelle... dès que les mauvais investissements qu'ils ont consenti seront soldés par des pertes.

    Répondre à Devnosite75
  8. Bonjour Marie-​Aude, peux-​tu me contacter please, merci, bonne journée !

    Répondre à xavier
  9. Je pense en effet qu'il y a toujours en effet un risque lorsqu'on se lance sur internet. Il n'empêche que, en parallèle d'une activité salariée, ce risque reste mesuré, en tous cas sur le plan financier. Avec ces vendeurs de rêve, ce n'est pas tant le concept d'arrondir ses fins de mois avec un blog qui me dérange mais plutôt la manière donc c'est vendu. Si toutes ces formations étaient vendues 3 fois moins cher avec un discours commercial plus honnête du type : "créer un site web n'est pas à la portée de tout le monde, donnez-​vous 3 ans pour monter un blog tout en restant salarié", je ne blâmerait pas ces webmarketeux.

    Répondre à antoine

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