Il n’y a pas de vrai gratuit sur Internet
Il y a quelque temps, une discussion sur le piratage sur internet avait conduit à se poser la question comment est financée la gratuité d’internet ?.
Internet est rempli d’outils faussement gratuits. On utilise avec plaisir tout ce qui open source, produit par la communauté, sans toujours se demander comment cette communauté est financée (Mozilla, Wikipedia, …)
D’autres services ne sont gratuits que parce que la pub leur permet de vivre, souvent aux dépens de notre vie privée (voir par exemple la modification des paramètres de vie privée dans Facebook, sans doute passée inaperçue de la plupart des membres de ce réseau).
Le financement de WordPress
Et WordPress ? Si la revue des derniers tickets de la 2.9 montre qu’un bon nombre des améliorations / corrections sont apportées par la communauté, il n’en reste pas moins une équipe de core développeur, une gestion de projet, des serveurs, bref, des tas de coûts à supporter (18 employés chez Auttomatic). Et c’est le cas pour tous les gros produits.
Le financement de WordPress se fait essentiellement par deux sources :
- la plate-forme wordpress.com avec ses options payantes
- les services vendus, notamment autour d’Akismet un excellent anti-spam
Ce sont des produits de la société Automattic, dont les résultats financiers ne sont pas publics, mais qui reste manifestement une « start up » intéressante.
La collecte de données des utilisateurs
Akismet
La qualité d’Akismet, par exemple, provient de son alogorithme, mais aussi du nombre de personnes l’utilisant, qui constituent une immense base de données de spams.
Chacune de mes actions, quand j’approuve ou désapprouve un commentaire filtré, quand je marque un spam qui a échappé au soft, est utilisée pour améliorer sa performance.
Bien sûr, ces informations sont « nominatives », puisque l’identité du posteur est un des éléments de détection utilisé par le filtre.
J’en ai eu la preuve l’année dernière, où une blogueuse (d’ailleurs sur wordpress elle-même) ne pouvait pas commenter sur un seul blog WordPress, elle passait systématiquement en spam, même après avoir eu deux commentaires approuvés.
un ticket envoyé à Akismet, en indiquant le mail qu’elle utilisait, a suffi a régler le problème, en deux jours
Par ailleurs, Akismet demande une clé API, laquelle s’obtient en créant un compte sur wordpress.com
Combien d’entre nous utilisent la même clé pour tous leurs blogs ? (Voir même pour ceux créés pour les clients).
Si un jour Auttomatic passait un deal avec un Wikio ou autres, vous imaginez l’utilisation qui pourrait en être faite pour la détection des groupes de blogs, des communautés, etc ? (Problématique toujours récurrente chez Wikio).
La mise à jour automatique
C’est quelque chose qui traine depuis longtemps, depuis Septembre 2007, en fait, et la mise en place des avertissements pour la mise à jour des blogs. (Détails en anglais sur Weblog Tools, Is WordPress spyware ? )
Voici donc la liste des informations qui sont envoyées à WordPress deux fois par jour :
- adresse IP
- url du blog
- version de WordPress
- version de PHP
- paramètres de localisation (langue)
- Titre du plugin, sa description, son auteur, et toutes les urls qui en font partie
- liste complète des plugins de votre blog, qu’ils soient actifs ou pas
De plus, le document « privacy policy » de WordPress, si il indique qu’il récupère des informations, ne précise pas lesquelles.
Et il semble que toutes les demandes de la communauté se soient heurtées à un ferme refus, aussi ferme que celui de Google…
Ce qui veut dire clairement que ces données sont utiles et utilisées. (On ne surcharge pas ses serveurs pour le plaisir, surtout quand cela déplait aux utilisateurs).
Que fait WordPress de nos données ?
A quoi servent elles ? A affiner des stats sur l’utilisation, la non-utilisation des plugins, et à définir les futurs développements, sans doute.
Mais si elles étaient croisées avec les données issues d’Akismet ? Genre « les spammeurs utilisent en majorité tel ou tel plugin, donc un utilisateur qui utilise ce plugin a des chances d’être un spammeur » ?
Bien sûr cela n’est qu’un exemple, et pures spéculations.
Mais cet exemple, justement, prouve que la gratuité n’existe pas. Un système gratuit doit se financer d’une manière ou d’une autre, et pour cela il a besoin de nous. Le plus souvent sans nous le dire.
Chaque utilisation « gratuite » se paye donc d’une façon ou d’une autre. Mais ne serait il pas mieux de savoir « comment » ?
Je ne vais pas arrêter d’utiliser WordPress pour autant. Il ne me semble pas que les inconvénients soient supérieurs aux avantages de ce système, et je n’ai détaillé cet exemple que parce qu’il est symptomatique : des informations qui me semblent innocentes, que j’aurais accepté d’envoyer si on me l’avait demandé, même si elles sont un peu surabondantes par rapport aux buts visés, une entreprise qui fait un très bon produit, que j’ai énormément de plaisir à utiliser, et qui commence un peu à dominer son marché… ça ne vous rappelle pas Google il y a quelques années ?
NB : en même temps, cela ne me déplairait pas que tous les blogs utilisant des plugins de scrap automatique de contenu soient blacklistés dans Google, ah non, zut j’en utilise un sur un de mes blogs, pour récupérer des sujets et des infos avant de réécrire tout l’article. Et puis certaines communautés utilisent ces outils de façon parfaitement légitime, avec l’accord de leurs membres.
























Il y a aussi les dons, certes c’est une partie très minime mais c’est le début de tout projet open source que ce soit don de temps ou d’argent. Enfin les français ne connaissent pas trop le mot ;-)