Chance ou menace pour le petit webmaster ? Alors que le Manchot secoue les SERPS et provoque grognements et crises de nerfs sur les forums SEO, la convocation de Google devant les instances anti monopoles européennes, puis américaines fait frémir d’espoir. ça y est, le monopole du search de ce géant qui ose mal les classer va être remis en cause, ça y est, miraculeusement, « on » va trouver une solution et faire apparaître des SERPS qui leur sont favorables, les pratiques noires de Google qui modifie à sa guise les résultats pour favoriser ceux qui le payent vont être étalées au grand jour, et arrêtées.

Si vous y croyez, vous pouvez postuler pour jouer dans la prochaine saison des télétubbies.

Changement de paradigme

Avant c’était simple. On avait un monopole, ou un oligopole, et des gentils (petits) concurrents qui cassaient le monopole en faisant baisser les prix, y compris avec l’aide du très gentil gendarme de la concurrence, qui pouvait contraindre le trop gros monopole à se casser en morceaux. Et même, pour compléter ce tableau totalement idyllique, il y avait des associations de consommateurs qui pouvaient attaquer le gros monopole, parce que ça coutait cher, et les trop petits gentils n’avaient pas la possibilité de financer tout ça.

En réalité, ceux qui luttent contre le monopole de Google sont d’autres (aspirants) monopoles.

La cessation de la gratuité de Google Shopping montre bien l’impact des plaintes déposées à la Commission Européenne. Car c’est bien par de gros acteurs du secteur, comme le comparateur de prix Twenga, que la plainte a été déposée. Pas par Monsieur Schmolldu, qui vérifie son ranking trois fois par jour.

Si vous avez la flemme d’aller sur le lien Wikipedia que je vous ai mis, voilà en quelques mots « qui » est Twenga.

Twenga est tout simplement un énorme comparateur payant

Twenga.com revendique 299,537,199 produits, oui, près de 300 millions de produits dans près de 260.000 boutiques. Le site est décliné en 13 versions locales. On peut s’inscrire gratuitement, mais on peut payer pour faire partie des recherches sponsorisées, et surtout on paye au clic envoyé. La mise en avant des produits gratuitement sur Google est donc une pierre dans son jardin, un risque de baisse de son chiffre d’affaires à terme, et peut être une concurrence déloyale.

La vraie question est : Twenga peut-il exister sans Google ?

(Ou Baïdu, ou Yandex, ou Facebook). Autrement dit, quel pourcentage des internautes, de ceux qui « recherchent » un nom de domaine dans la barre de Google au lieu de saisir l’adresse, iront chercher un deal sur Twenga, directement ? Et en même temps sur Kelkoo, leguide, etc…

(Et la problématique est exactement la même pour les centrales de réservations hôtelières, dans le domaine du tourisme, que je suis de près).

On est donc en face d’un paradoxe : les aspirants monopoles ne peuvent exister que grâce à un autre monopole, qu’ils tentent en même temps de casser, pour s’y faire une place plus grande.

Et voilà pourquoi la Commission Européenne et la F.T.C. ne feront rien pour le petit webmaster.

L’enjeu n’est pas – directement – les résultats naturels

Mais la part accordée dans tout ce qui vient autour aux services de Google et à ses concurrents. Qui, dans certains cas, finit par complètement masquer les résultats de recherche naturelle, reléguant bien au dessous de la ligne de flottaison le fameux « triangle d’or » qui truste toutes les visites quand on a l’y apparaitre.

Google Adwords

Le fonctionnement de la régie publicitaire de Google est assez clair. Les seules questions qui pourraient être posées (mais que personne n’a entendu, me semble t il jusqu’à maintenant) serait « Google manipule t il les coûts Adwords pour qu’annoncer coûte plus cher à un de ses concurrents » ?

Le véritable problème pour les petits webmasters est l’envahissante présence des résultats commerciaux, que les internautes normaux ne différencient pas des résultats naturels. (et en fait ils s’en fichent).

Google Adresses

Là c’est plus intéressant. Sur de nombreuses requêtes, Google met en avant les fiches adresses remplies chez lui. D’autres sociétés proposent ce type de service, et pourrait demander à être présentes dans ce type de résultat. C’est notamment le cas de tous les annuaires géolocalisés, qyke et autres, mais aussi de Bing… ou des sites de comparateurs d’hôtels, qui proposent eux même des résultats géolocalisés en les présentant sur une carte Google Maps (cf. par exemple chez Booking.com).

Google Shopping

La messe semble dite. Google Shopping devient payant, et les produits n’y seront plus présentés gratuitement, Twenga peut être content. Le petit webmaster, c’est autre chose. Un des rares espaces où il était possible de référencer ses produits gratuitement disparaît, il va falloir investir « ailleurs », « autrement » (dans le SEO, les comparateurs payants, les adwords, la pub dans d’autres régies, les réseaux sociaux, etc).

Google Flight Finder / Hotel Finder

On touche là à des « niches » (enfin à l’échelle du web, l’e-tourisme est plus un chenil capable d’hébergeur une meute de chasse à courre qu’une niche) où Google préparait un positionnement. Accessible aujourd’hui uniquement à ceux qui maîtrisent les requêtes « à syntaxe » de Google (comme pour les convertisseurs de devises ou les cours de bourse), la main mise de Google sur ces sources de données pouvaient faire trembler de gros acteurs du secteur. Qui sont en même temps clients de Google (qui facture par exemple près de 90 millions d’euros d’adwords par an à Booking).

La recherche sémantique

Cette analyse sémantique qui permet d’extraire dans une page les données « significatives », et de les ressortir dans les SERPS, dans le riche snippet, est un pas en avant dans l’analyse du sens par Google qui peut s’analyser à du vol de contenu. A la recherche d’une information précise, l’internaute la découvre dans la page de recherche, et n’éprouve même plus le besoin de cliquer sur le lien pour aller découvrir la page.

On est là dans un domaine qui ne concerne pas tellement les « gros » (qui vont de toute façon chercher à faire transformer en un achat, donc vont attirer le visiteur sur la page), mais tous les sites d’information vivant de la monétisation d’une information « pauvre » qui attire le visiteur, qu’on cherche ensuite à faire cliquer sur des publicités. En gros, c’est la mort du MFA et de la reprise de flux météos…

Images et vidéos

Les présentations d’images et de vidéos, qui renvoient en réalité vers des pages de recherche spécialisées de Google font un peu râler les webmasters. Mais elles sont très utiles pour les visiteurs, personnellement j’apprécie quand je cherche une image de pouvoir « tout avoir » à partir de la homepage de Google, sans avoir à cliquer sur « images » (ou autre). Elles sont aussi une opportunité, mais les critères de ranking sont moins clairs, et les webmasters n’aiment pas.

Selon l’attitude de Google, les résultats naturels reprendront – ou pas – de l’importance

Face aux questions des gendarmes de la concurrence, Google a le choix entre trois attitudes :

  • supprimer des pages de résultats les « activités autres », faisant une sorte de pied de nez aux Twengas et autres compateurs. « Vous ne vouliez pas de concurrence… eh bien rankez maintenant, hors de question que je vous fasse de la place ». C’est peut être ce qui est en train de se préparer, avec manifestement des tests d’algo, comme celui dont on parle dans une discussion sur WRI, où Amazon squatte quasiment toute une page.
  • développer plus de moteurs « spécifiques », et payants pour ne pas prêter le flanc aux accusations. Google Shopping payant sera-t-il rentable ? Et si oui, simple fait de le rendre payant suffit il à faire taire les accusations de concurrence déloyale ? Ou bien faudra t il le reléguer sur une page bien à part ?
  • Intégrer les concurrents de façon plus large dans ses résultats verticaux. Si c’est ce que souhaitent Twenga et autres, c’est en réalité la voie la plus risquée pour Google, car à ce moment là on peut l’accuser de manipuler les résultats de recherche naturelle, et c’est alors sa crédibilité qui est remise en jeu.

Lors d’un précédent bras de fer (pour Google News), Google avait purement et simplement supprimé des résultats, de tous les résultats, un journal qui refusait l’indexation dans Google News et l’application du premier clic gratuit. Devinez qui a plié ?

La force essentielle, l’argument massue de Google, son métier, son diamant, c’est la pertinence des résultats naturels. Malgré les légendes urbaines, il n’a jusqu’à maintenant jamais été pris en défaut (les quelques pénalisations manuelles reconnues ayant toujours été comprises comme une réponse justifiée du berger à la bergère). Or de façon insidieuse, les plaintes engagées contre Google pourraient remettre cette pertinence (et non l’objectivité… qui n’existe pas) en cause.

Bref, on vit une époque passionnante, et ce qui se passe maintenant sur « le search » de façon globale va sans doute façonner le web des cinq prochaines années. Au fait, il existe une F.T.C en Russie ou en Chine ?

6 commentaires

  1. Malheureusement, on voit bien l’évolution de Google. Une course en avant pour maitriser de plus en plus l’activité internaute sur son propre réseau interne.
    Si on arrive pas à freiner ce géant, il n’y aura carrément plus de place pour la concurrence.
    Il faudrait d’autres moteurs de recherche qui permettent des services + innovants ou + propres. Bing a quelques pourcentages de part de marchés outre Atlantique mais en Europe… Google tient son monopole.

    Bientôt il faudra réellement payer pour être visible au risque de passer en 2e page vu tous les encarts publicitaires sur certaines recherches.

    Répondre à Axiosweb
  2. Quelle concurrence ? Celle qui est absente ? Ou « sur les pages » de Google ?

    Répondre à Marie-Aude
  3. Bonjour marie aude

    J’ai rajouté ton blog a ma liste de news seo
    http://fr.webmaster-rank.info/news/google-et-les-regulations-anti-monopole.html
    je ne t’ai pas averti avant, mais j’essaye de rattraper le coup.
    j’aurais du te demander avant si tu le souhaite ou non ?

    Répondre à nifrou
  4. AXELARIS Auteur juin 19, 2012 (11:20 )

    Google nous sert de plus la corde au coup, nous les community manager durant le référencement et la construction des liens on trouve que des bâtons dans les rues ,il faut très attentifs pour ne pas être blacklisté ou bien pénalisé par google !
    Je suis tout à fait d’accord avec Axiosweb,il faut bien qu’on nouveau moteur naisse pour que google nous réduit la pression

    Répondre à AXELARIS
  5. @ Nifrou non aucun problème bien sûr. Merci :)
    @ Axelaris ce ne sont pas les webmasters qui font les moteurs de recherche

    Répondre à Marie-Aude
  6. Google en plus du monopole de la recherche est en train d’enfermer l’utilisateur dans son interface, tout est fait pour que vous n’ayez même plus à sortir de google pour avoir l’information désirée. Au final on aura peut être même plus besoin d’aller sur le site web qui nous intérésse pour avoir l’information, google agira comme un « afficheur générique » de tout et n’importe quoi.

    De mon côté j’ai switché à bing pour mes recherches et j’en suis très content, finalement google n’est pas aussi performant que je le pensai, il faut juste faire l’éffort d’éssayer autre chose…

    Répondre à Patrice

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