Allez ma p’tite dame, vous m’en prendrez bien trois douzaines, pour le prix ? Dites, pas cher, 1 euro la photo libre de droits !

Quand les banques d’images promettent plus que ce qu’elles vendent.

L’arrivée des banques d’images low-cost a révolutionné le marché de la photo d’illustration, fait fermer boutique à un certain nombre de photographes, et, plus grave, popularisé l’idée que l’image ne valait rien, à peine quelques euros.

On est dans la droite ligne du billet précédent.

Et encore heureux quand les webmasters payent. Car après tout, Google Images leur donne des images gratuitement, non ? Cet argument qu’on me renvoie à chaque fois que je me plains de l’utilisation d’une de mes images m’énerve. Google Images ne donne pas les images, il les montre. Il précise même, à chaque fois, que cette image pourrait être soumise à copyright.

Et il est donc moins hypocrite que certaines banques d’images.

Car clairement les banques d’images ne savent pas ce qu’elles vous vendent. Elles vous le vendent, avec le slogan « libre de droits », mais c’est comme pour les polices d’assurances, il faut lire les petits caractères.

En gros, en page d’accueil

3 569 721 images libres de droits. La banque d’images au meilleur prix !

Dans le détail des conditions, on lit

Images libres de droits

Fotolia propose des images et photos libres de droits. Toutes les licences Fotolia sont libres de droits, ce qui signifie que lorsque vous achetez une image, vous pouvez l’utiliser aussi longtemps et aussi souvent que vous le souhaitez pour une utilisation conforme à la licence souscrite. Il n’y a donc pas de limite de temps ni de nombre de diffusions. Selon la licence achetée, vous pouvez utiliser les images pour différents projets et applications.

Et plus loin, on voit que le photographe reçoit une commission sur les ventes faites sur Fotalia. Si il vendait lui-même, il devrait payer une commission à Fotolia. Donc la personne juridique qui vend les photos est la banque d’image.
D’ailleurs, le jour où j’ai acheté sur Fotalia (et sur ShutterSpeed), j’ai reçu une facture au nom de la banque d’image, pas au nom du photographe.

Normal puisque j’achète des crédits.

J’ai l’air d’enfoncer le clou, mais c’est essentiel, la relation commerciale est entre la banque d’image et le client final, et c’est la banque d’image qui concède la licence.

En tout cas, tel que les choses sont présentées.

A mais…mais non !

Fotolia ne sait pas si ses images sont réellement libres de droits

Il faut maintenant s’offrir le pensum de lire les conditions générales.
Une page sans aucune mise en page, touffue, difficile à lire, pas aérée. Et pour être honnête, mal traduite.
Mais une chose au moins est claire :

SAUF STIPULATION EXPRESSE DANS CE CONTRAT, AUCUNE PARTIE N’EFFECTUE DE REPRESENTATIONS NI DE GARANTIES, EXPRESSES OU IMPLICITES, COMME LES GARANTIES IMPLICITES DE QUALITE MARCHANDE OU D’APTITUDE A UN EMPLOI PARTICULIER. A DES FINS D’ECLAIRCISSEMENT, SAUF SITPULATION CONTRAIRE PREVUE DANS CE CONTRAT, FOTOLIA NE FAIT AUCUNE DECLARATION OU GARANTIE, EXPRESSE OU IMPLICITE, CONCERNANT LE SITE WEB WWW.FOTOLIA.COM OU LES SERVICES SUR LE SITE WEB WWW.FOTOLIA.COM, LES OEUVRES OU AUTRES MATERIELS OU CONTENU DISPONIBLE SUR LE SITE WEB WWW.FOTOLIA.COM, Y COMPRIS LA GARANTIE DE QUALITE MARCHANDE, D’APTITUDE A UN EMPLOI PARTICULIER, LA NON-VIOLATION DU DROIT D’AUTEUR, DE MARQUES COMMERCIALES OU D’AUTRES DROITS DE PROPRIETE INTELLECTUELLE, LA LIBERTE DE TOUS LES SERVICES, LES TRAVAUX OU AUTRES MATERIELS DE CONTENU, CONTRE LES VIRUS, LES VERS, LES CHEVAUX DE TROIE OU TOUT AUTRE CODE AUX TRAITS HOSTILES, PERTURBATEURS ET/OU DESTRUCTEURS.

(NB c’est de l’anglais juridique mal traduit, allez sur le site en anglais, c’est déjà plus compréhensible).

C’est tellement important, ils l’ont mis en majuscules.

Alors pour simplifier, je vous le ré-écris en clair : Fotolia ne garanti en aucune mesure que les images qu’elle vous vend libres de droits le sont réellement, et se lave les mains des problèmes que vous pouvez avoir.

Pas grave, pour un euro, c’est vrai, c’est pas cher, ils ne peuvent pas tout contrôler…

Pas grave ?

Eh si…
Imaginez que la photo que vous achetez à Fotolia m’ait été volée, à moi. Ou que vous achetiez une image avec un modèle. Le modèle avait donné l’autorisation de publication, il l’a retirée depuis, le photographe n’a pas enlevé son image de Fotolia.
Teigne comme je suis, si je m’en aperçois, je vous demande le paiement d’une facture entre 500 et 2.000 euros.
Vous rigolez doucement, « mais ma bonne dame, je suis de bonne foi, j’ai acheté à Fotolia ».
Je vous réponds « C’est parce que vous êtes de bonne foi que je ne vous demande que ça, payez moi et retournez-vous contre Fotolia. Comme je suis gentille, entre mes moments teigne, je peux même vous faire crédit un mois le temps qu’ils vous payent ».

Et j’ai raison, vous êtes l’éditeur, vous êtes la personne qui me porte tort, vous êtes au premier niveau de responsabilité, à vous de vous retourner contre eux.

Vous retournez, plein d’espoir et d’assurance, voir Fotalia.

Et hop…. Fotolia vous renvoie dédaigneusement, « démmerdez-vous, on ne vous garantit rien ».

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce qu’un webmaster que je fréquente sur un certain forum s’est vu ainsi réclamer plusieurs centaines d’euros, qu’il a été obligé de payer. Pour une photo à 1 euro.
Qui lui en aurait coûté entre cinquante et cent s’il l’avait achetée directement à un photographe.

Il n’y a pas de petites économies.

Le Far-West du Web commence à se policer un peu.
Comme dans tous les Far-West ce sont ceux qui vendent les pelles et les pioches qui font le plus d’argent. La ruée vers l’or du « gratuit » commence à coûter cher à certains prospecteurs.

Quand vous achetez à un photographe, vous achetez à un professionnel qui s’engage personnellement sur les images qu’il vous vend. Et qui ne peut pas vous dire « p’te ben qu’oui, p’te ben qu’non… chais pas, essayez toujours, pour voir, c’est pas cher, 1 euro ».

On reparlera de Google Images…

— 0 —

Une petite lecture complémentaire, déjà des problèmes de Fotolia en septembre 2007, sur Le Post

On en parle ailleurs : Les risques liés à Fotalia

8 commentaires

  1. Roland Auteur mai 6, 2008 (8:23 )

    he oui Marie-Aude c’est vrai que le droit a l’image sur internet est on ne peut plus flou!
    La totale ouverture d’internet – c’est dailleur dans cet esprit qu’il a ete cree (a tort ou a raison) – cree beaucoup de problemes.
    Reste a savoir comment revenir en arriere comme tendre un grand filet pour attraper des poissons qui sont perdus dans une immense mer de liberte!
    Les solutions sont toutes aussi floues…
    …et peut-etre la meilleure solution si on craint l’atteinte aux droits d’auteur c’est encore de ne pas mettre de photos sur internet!!!!
    car mettre des images sur internet implique que tu vas en vendre mais implique tacitement que tu vas aussi faire don de parties de ton images et de ton droit ne serait-ce que pour animer une classe d’ecole ou pour garnir les DESKTOP (sorry pour ce mot emprunte a la langue anglaise) de nos chers navigateurs « pas tres avertis »

    merci en tout cas pour cet article

    a bientot
    Roland

    Répondre à Roland
  2. Marie-Aude Auteur mai 6, 2008 (10:21 )

    Ce n’est pas le droit à l’image sur internet qui est flou, c’est la connaissance que les gens en ont ;)

    Je crois que le « retour en arrière » se fait peu à peu, une régulation, que je vois comme un progrès.

    L’argument « ne mettez pas vos photos sur internet si vous ne voulez pas qu’on vous les prenne » m’est souvent sorti, mais je ne l’accepte pas. A ce compte là un café ne devrait pas mettre ses tables et chaises en terrasse, et le marchand de fruits ne pas faire d’étalage ?

    La copie pour utilisation purement privée ne me gêne pas, et je l’autorise toujours quand on a la gentillesse de me la demander. Mais je n’accepte pas la « monétisation » de mes images sans mon accord.

    Merci pour le passage ici :)

    Répondre à Marie-Aude
  3. François Auteur mai 28, 2008 (9:36 )

    Mettre ou ne pas mettre ses photos sur Internet ? Un interminable débat, c’est vrai. Entre une photo à vil prix sur les microstocks et une photo rendus « gratuite » par un click droit, l’internaute finit par ne plus faire la différence, hélas.
    Ma position personnelle s’inspire de la vraie vie : puisqu’il y a un risque, je ne mets en vitrine que des factices ! Je m’explique : sur ce qui en grand public (blog, etc.), je ne mets que des photos de repérages, prises le plus souvent avec un compact ou un reflex d’entrée de gamme, le tout sous license Creative Commons. Les projets aboutis et récents, je les place sur un site où je peux contrôler l’accès.
    Ce n’est peut-être pas parfait, certes. Mais, dans mon cas, la photo est surtout une activité d’appoint et ne nécessite pas tout un arsenal juridique.
    Bien cordialement.
    François

    Répondre à François
  4. Marie-Aude Auteur mai 28, 2008 (2:46 )

    C’est vrai que c’est une situation « de luxe » par rapport aux problèmes internet. Malheureusement :) quand je serai célèbre je pourrai faire cela…

    Merci pour le passage, ça m’a permis de découvrir un beau blog.

    Répondre à Marie-Aude
  5. wim_x Auteur octobre 16, 2008 (12:39 )

    Merci Marie-Aude,

    Pour ces éclaircissements.
    Pour info: en cette période creuse, je m’occupais en remplissant le formulaire de Fotolia. Cela a l’air simple, et ma réflexion était: les images que je vais mettre en ligne sont déja réalisées et déja vendues alors… pourquoi pas.
    Puis j’ai lu ton article. N’ayant pas d’attraction pour le court terme, ni pour une boite qui ne sait pas ce qu’elle vend… j’ai changé de direction et vais tenter de rentrer dans banque sérieuse.

    Comme quoi…cette lecture fût utile.

    Julien

    Répondre à wim_x
  6. Marie-Aude Auteur octobre 16, 2008 (7:58 )

    Merci pour ton mot Julien, cela fait très plaisir :)

    Répondre à Marie-Aude
  7. Alain Marand Auteur décembre 31, 2009 (7:39 )

    Bonsoir

    Pour mémoire, Fotolia et istockphoto viennent de gagner deux procés aux USA sur les conditions d’utilisation des images déposées.
    Je crains que la confusion géographique sur les droits appliqués n’expliquent votre « haine » de ce système.
    Qu’importe, beaucoup sont heureux de ce système.
    Moi le premier. Ne plus avoir à traiter avec des photographes pour de l’illustration générique, c’est le bonheur.
    Et tant que le système durera.. Le bonheur se poursuivra
    Comme vous le savez, selon Forester group, il se produit quelques 111 milliards d’images numériques par an dans le monde. Les banques d’images ont de beaux jours, non ?
    Cordialement
    Alain

    Répondre à Alain Marand
  8. Marie-Aude Auteur décembre 31, 2009 (8:17 )

    Je n’ai pas de haine particulière. Je ne me sens pas concurrencée par les banques d’images, et je gagne ma vie autrement. Et dans mon domaine particulier, j’avoue que la faiblesse des images diffusées dans la plupart des banques d’images, leur légende approximative, voir fausse, me fait doucement sourire.

    Et le fait que le procès soit gagné aux USA ne m’étonne absolument pas, puisque le contrat est conforme à la loi américaine.

    La question n’est pas celle des banques d’images, c’est celle de la qualité, y compris celle de la qualité de la relation avec le client.

    En revanche, j’espère qu’il ne vous arrivera pas ce qui est arrivé à d’autres webmasters, qui ont en toute bonne foi acheté des images sur Fotolia, images que le vendeur n’avait pas le droit de vendre. Fotolia s’en est bien sûr lavé les mains, et l’acheteur s’est retrouvé à payer les dommages et intérêts.

    Bonne année :)

    Répondre à Marie-Aude

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