Le pot-au-feu de ma grand-mère

Ma grand-mère aurait fait un excellent référenceur.

Parce que le pot-au-feu de ma grand-mère était une pure merveille, savoureux, fondant, parfaitement cuit mais pas trop, la viande s’émiettait doucement dans la bouche, mais les pommes de terre et les légumes avaient encore de la tenue, le bouillon avait juste ce qu’il fallait d’yeux sans être trop gras. Et le repas se terminait avec une tarte aux pommes dont la succulence était au niveau du plat principal. C’était aussi valable pour son pâté de Pâques, une recette traditionnelle de pâté en croute avec des oeufs, de la viande, des légumes, et plein de trucs délicieux, sa mousse au chocolat, fine et légère et forte en saveur en même temps, son carré d’agneau, sa soupe de poissons…

Bref, sans vouloir vous la faire « carte de restaurant », ma grand-mère était un cordon bleu. Et elle était désespérante. Car elle était incapable de donner une recette précise. Nos dialogues étaient du style :

– Tu mets du sucre, une bonne livre
 – Ah 500 grammes
 – Oui, enfin une bonne livre, ce qu’il faut quoi, tu vois bien quand tu les mélanges aux blancs en neige

J’ai essayé d’assister à ses préparations. Impossible d’en tirer quoi que ce soit, elle rajoutait par-ci, par là, regoûtait, remettait une pincée, se trompait, rattrapait ses erreurs.

Ma grand-mère aurait fait un excellent référenceur. 

En d’autres termes :

Peut-on réduire le référencement à des équations ?

Bien que le positionnement, qui est le résultat de toutes nos activités de référencement, soit régi par des robots dont la seule âme est l’algorithme, il est à mon humble avis, impossible de donner la recette exacte et la marche à suivre, nombre de liens, nombre de H1, H2 et balise title, pour arriver en première page de Google. Ou totalement contre-productif.

Et c’est exactement comme la cuisine. Ce qui « fait » une recette, ce sont des règles chimiques complexes, mais même les tenants de la cuisine moléculaire ou les spécialistes des plats industriels partent d’abord sur une idée, avant de la figer dans des formules.

Par ailleurs ces chefs travaillent à reproduire toujours les mêmes plats. Pas à gagner un concours de gastronomie. Si ils en font un, les formules viennent à leur secours, mais ne peuvent pas prédire leur victoire. Et pour une réalisation en temps limité, ils iront directement sur le fourneau au lieu de poser leurs équations chimiques.

L'écumoire et le bouquet garni...

L’écumoire et le bouquet garni
Photo sous licence CC NC BY Septentria

Ma grand-mère aurait fait une excellente référenceuse. Elle avait l’instinct de la cuisinière, comme il existe l’instinct du référenceur (dont parle très bien Laurent Bourelly). Celui qui « sent » la différence entre charger en saveurs et bourriner comme un malade, et qui n’a pas besoin de vérifier cinq fois au cours de sa rédaction sa densité en mots clés. Celui qui sent bien pourquoi ça marche ou pas, (enfin presque toujours), mais qui n’a pas envie de partir dans des explications très longues pour justifier de façon finalement fumeuse son instinct, parce que sur d’autres sites le contraire serait tout aussi vrai.

Et surtout celui qui ne répète pas de façon industrielle la même quiche lorraine sous vide en cent-cinquante exemplaires, mais qui aborde chaque nouveau « plat » avec un oeil neuf, la liste des produits de saison qui lui ont bien plu sur le marché, et qui se demande « qu’est-ce que je vais bien faire de bon ce soir ? ».

Le référencement est un savoir-faire encore artisanal

Mais pas une accumulation de recettes, ou de morceaux de recettes, pris les uns derrière les autres, les oignons blondis du pot-au-feu sont totalement inutile pour un rôti d’agneau, un menu se compose de façon équilibrée. Beaucoup de référenceurs fonctionnent comme des enfants qui essayent de prendre tout ce qu’ils aiment, frites, coca, mousse au chocolat, bonbecs, pâtes bolognaises et gratin, et arrivent à une horreur gastronomique et diététique.

American Cheesesteack

American Cheesesteack
Photo sous licence CC BY NC SA de Premshree Pillai

Et c’est très bien. Parce que si on a du bon sens, les bases s’acquièrent finalement assez facilement, sans avoir besoin de faire Harvard. Et qu’on n’a pas toujours besoin de très grands moyens. On peut faire dans une petite table de province – ou chez ma grand-mère – un repas aussi agréable et savoureux que dans un trois étoiles, avec caviar, foie gras et truffes. Et même ce fameux foie gras, on peut le trouver chez le producteur, le cuire soi-même, ou le déguster dans un décor grandiose, avec porcelaine fine de Limoges, orchidées sur la table, et armée de serveurs.

Le référencement n’est pas

  • une question de gros sous
  • des techniques « sales » de black hat qui pourrissent les serps
  • la copie de ce que fait le voisin
  • une question de contenu totalement unique et génial qui acquiert des liens par la magie de la propagation pagienne
  • la mise en place structurée de la totalité des codes qui vont bien, shema.org, microformats, title, hxx, pagerank siloing, nofollow, noindex, sitemap priorisé, robots.txt de trois kilomètres, etc
  • l’utilisation de techniques informatiques sophistiquées
  • coucher avec Serguey Brin et Larry Page pour faire lever une pénalité -50

Ou du moins (et à l’exception du dernier point) il n’est pas uniquement cela. C’est très amusant de voir sur les forums de référencement les gens arriver pour demander comment lever la pénalité Panda de leur site, alors qu’il a été dit et redit que Panda n’est pas déployé sur la langue française, enfin pas encore.

Et surtout, le référencement n’est pas une fin en soi. C’est un outil au service d’un objectif : que votre site internet soit visité par les bonnes personnes, et qu’elles y trouvent l’information que vous voulez leur donner, qu’elles fassent les actions que vous souhaitez (généralement acheter…)

Le référencement est

le résultat d’un ensemble de savoir-faire :

  • identifier les bons mots clés
  • structurer un site pour ces mots clés (architecture des pages et du contenu)
  • rédaction
  • optimisation du site (code, performance, et contenu)
  • obtenir de bons liens

Le référencement doit être pris en compte dès le début pour avoir un bon site web. Mais il ne faut pas oublier :

  • le graphisme
  • l’ergonomie
  • l’accessibilité
  • la rentabilité
  • ….

Bref, le meilleur des repas passe mal si le vin est une piquette.

Ma grand-mère aurait fait un excellent référenceur !

(Pot-au-feu japonais est une photo sous licence CC BY Hajime Nakano)

15 commentaires

  1. Je dirais même que les meilleures recettes sont bien souvent les plus simples.

    Moi aussi ma grand-mère nous mijotait des plats que, malgré ses conseils, je n’ai jamais réussi à reproduire.

    Le référencement, c’est la même chose, simple et complexe en même temps. Tout est question de dosage et de savoir-faire.

    Répondre à Hervé
  2. Et ça c’est l’art du résumé ^^ qui est aussi simple et complexe

    Répondre à Marie-Aude
  3. Serrahphynn Auteur juillet 29, 2011 (5:16 )

    J’avoue que ta grand mère est plus forte que moi et qu j’ai encore du chemin avant d’arriver à mijoter d’aussi bon petit plats ;) 

    Serrahphynn

    Répondre à Serrahphynn
  4. Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse, je pense que le référencement va bien au delà des simples optimisations on page ou même off page. Sans conversion on peut avoir le site le mieux placé du monde sur google, on ira pas bien loin. C’est pour cela que je pense que le référencement doit se placer dans une stratégie plus globale.

    Répondre à jérôme - blog marketing
  5. Ben voilà un billet qui « pose » comme on dit dans le Sud Ouest.
    J’aime toujours répéter que le référencement est un art au sens artisan du terme.
    Et merci pour la citation ;-)

    Répondre à LaurentB
  6. Very true :)
    J’ai tendance à parler de sorciers et de recettes magiques qu’on balance dans un chaudron, mais le cuisinier c’est moins dark, ça me va :D

    Répondre à naima
  7. Je serais honoré de vous préparer un diner. Cela étant, vous déclinerez l’invitation après la suivante remarque. 

    Si les résultats de recherches sont « pourris » par le spam, qui, certes, je vous l’accorde, est un genre littéraire qui se cherche, ne le doit-on pas moins au spammeur qu’au moteur lui-même, se refusant à distinguer Cyrano de Bergerac de Regbacer Nycora ?

    Le spam n’est-il pas qu’au fond le roman de gare du robot d’indexation ?

    Bien des contenus humains et « originaux », disons plutôt écris à la main, sont autant de souffrance à la lecture, pas moins que le spam pour le malchanceux robot. 

    C’est de la déficience que naît le spam, il est le meilleur témoin de notre médiocrité. Médiocrité vénale en premier lieu, créant l’illusion de la pertinence quand seuls comptent les actionnaires par exemple, merci Google.

    Dans la foulée, je préfère voir travailler mes robots, mes scripts et mes algorithmes, que des adolescents du tiers-monde gratifiés d’un bol de riz pour vanter par écrit je ne sais qu’elle boisson sucrée. 

    Tout est vraiment culinaire.

    Répondre à Papy Spinning
  8. Superbe billet.

    Il est a la fois très SEO mais en même temps il m’a presque mis les larmes aux yeux en pensant au pot au feu de ma grand mere ou au paté en croute familliale de Noel que faisais mon pere… 

    Mon pere et ma grand mere auraient fait d’excellents referenceurs si on en croit ce billet, c’est peut etre de la que je tiens ce fameux instinct du SEO parce que des « il en faut a peu pres ca ! tu le sentiras quand ce sera bon » j’en ai eu des paquets et je ne sais combien de recettes se sont perdues… mais bon tout n’a pas été en vain et si un jour je perds l’instinct du référenceur, il me restera toujours un des meilleurs paté en croute du monde !

    Répondre à Le Juge
  9. Je sens que le SEO est en train de virer au naturel. La tendance bio déteint sur les référenceurs. Existera-t-il bientôt un label « référencement à l’ancienne, garantie sans spam » ?
    J’adhère à 100% à cet article !
    Je pense néanmoins, que chacun d’entre nous essaie de se rassurer avec des méthodes « scientifiques » et des processus mathématiques. Et puis vis à vis d’un client, cela offre aussi plus de garanties.
    Mais, je crois que l’on se noie de plus en plus à vouloir tout expliquer dans le pourquoi du comment. On fait des tests qui souvent m’apparaissent comme non-pertinents car je ne vois pas comment on peut isoler un critère parmi 200 ou 300.
    Dans mon cas, je veille, et j’essaie de me fier à mes intuitions (sont-elles bonnes ?) selon le projet. Et surtout, je laisse mijoter à petit feu… la bonne cuisine demande du temps, le bon référencement naturel aussi !

    Répondre à Strategio
  10. @Papy Spinning : J’ai beaucoup rit à la lecture de votre commentaire qui, il faut bien l’avouer, allie avec élégance forme et fond pour un simple script ;-)

    Tout à fait d’accord avec la conclusion de l’article pour signifier que sans stratégie (market et édito), prise en compte du contexte, d’adaptation aux évolutions, de volonté d’améliorer l’expérience utilisateur par la prise en compte de critères autres tels que l’ergonomie… on reste bien trop limité et c’est ce qui rend tout cela passionnant.

    Mais pas d’accord avec la valorisation du « magicien » ou « cuisinier SEO » qui ferait tout à l’instinct : c’est surtout l’expérience qui fait la différence, au final. L’expérience s’acquière sur des faits et non sur des on-dit. Je pense que faire l’apologie du mystère en SEO fait les choux gras des gens trop peu honnêtes… Mais ne serait-ce pas un ressenti aussi, cet avis ? :-)

    Répondre à debo
  11. Pardon, tite faute de conjug : « L’expérience s’acquiert » …

    Répondre à debo
  12. Yassine Auteur août 6, 2011 (8:35 )

    Merci de faire honneur aux grands-mères car la mienne me manque.
    Je suis référenceur donc je dois être un cordon bleu ?

    Répondre à Yassine
  13. @debo,
    je ne pense pas que l’auteur fasse l’apologie du mystère, mais plutôt de l’instinct.
    Je me suis faite la même réflexion que vous, au sujet du mystère et du mal que cela peut faire à la profession.
    Mais à dire vrai, c’est la réalité.
    Personne ne connaît l’algorithme exacte, personne n’a les dosages avec certitude. On ne peut que tenter de se rapprocher de la vérité.
    Et avec un peu d’expérience on peut déjà arriver à de bons résultats.
    C’est vrai que dans le monde de l’entreprise l’instinct n’a pratiquement pas de valeur.
    On demande du concret, de la formule, la recette qui fait bing ! à chaque fois.
    Alors pour satisfaire ce besoin certains tentent de coller à cette image avec des « 100% garanti », « testé & approuvé ». Le besoin de certitude est important et ça se comprend.
    Malgré tout on ne peut pas écarter l’instinct, que ce soit pour cette profession ou pour une autre.
    Les traders fonctionnent beaucoup à l’instinct, nous viendrait-il à l’idée de dire qu’ils sont des charlatans ?
    Cette profession est comme les autres. Il y a des bons et des moins bons.
    La différence se fera au résultat.
    à mon humble avis.

    Répondre à naima
  14. @Laurent, finalement, en dehors d’une prise de bec initiale, sur un sujet qui n’était pas le référencement, on a presque toujours été d’accord :)

    @Papy spinnning
    … en ce qui concerne le BH, il est en comme de n’importe quelle technique, ça se maîtrise ou pas. Le BH non maîtrisé est une horreur. C’est lui qui a conduit aux liens en nofollow dans wikipedia, qui sont un beau gâchis, par exemple.
    En pratique, le « vrai » pourrissement des serps ne vient pas des techniques BH, mais soit des très grosses boites à énormes moyens, fermes de contenus, comparateurs, soit des milliers de MFA qui copient des textes, existent sans intérêt, etc. Que certains utilisent le BH pour se pousser du cul est exact, mais ça n’est pas « le BH » qui pourrit les SERPS, juste certains de ses utilisateurs.
    N’oubliez pas que si vos algorithmes enlèvent le pain de la bouche à quelques adolescents, ceux ci vont cruellement regretter le bol de riz, et peut être se tourner vers pire, une fois initié à internet on peut aller vers le scam, le phishing, de grâce continuer à les occuper en les nourrissant un tant soi peu ^^ 

    @debo l’instinct vient de la pratique, sauf à être un génie, et encore, comme disait Voltaire, le génie, c’est 90% de travail. 

    @naïma … la magie est une cuisine, d’ailleurs il y faut un chaudron et une cuillère ^^ curieusement, ici, quand je montre le code source à certains de mes clients je lui dis « tu vois c’est ça le référencement, c’est comme des trucs de fquih que tu ne comprends pas, mais ça marche » ^^

    @strategio Sur le mystère… l’instinct pour moi, il est surtout dans les proportions, la méthode exacte, le dosage, l’ordonnancement. ça n’empêche pas qu’il y a une logique : on peut donner la recette, sans les quantités. En fait, j’essaie d’expliquer le plus possible à mes clients ce que je fais, comment, pourquoi. 

    @Le Juge ça me touche :)

    Répondre à Marie-Aude
  15. Bonjour,

    Je dois avouer que je suis d’accord avec l’approche de Debo. Cela doit être surement du à mon approche cartésienne du référencement, mais je considère la cuisine comme un art, qui touche les gens différemment en fonction de leur culture, de leur histoire et de leur palais (moi je pense que j’adorais la cuisine de ma grand-mère surtout parce que c’était ma grand mère, mais bon ca c’est une autre histoire :p ). Alors que le référencement naturel, c’est « juste » positionner un site sur Google, et donc faire en sorte que le site soit conforme à un maximum de critère technique des moteurs de recherche. Les résultats sont purement technique en un sens.
    Bon, après je suis en accord avec la conclusion de l’article, et je ne nierai pas qu’il existe certaines ressemblances entre les deux disciplines. Ni qu’il est possible de déployer certaines compétences artistiques pour faire du SEO (design du site (oui oui, je place ça dans le référencement, j’ai une vision vaste de la chose :p), rédaction du contenu).
    Mais dans l’absolu, je vois le travail du SEO comme surtout technique, et bien qu’on puisse atteindre une certaine expérience, je ne vois pas ca personnelement comme la cuisine. Vous ne pensez pas que le palais humain est infiniment plus complexe que le crawler Google ?

    Répondre à Marco

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